Terre de vins n°28 mars-avril 2014


La sélection Bettane + Desseauve des bourgeois et non classés du Médoc 2010 (note page 62)


"Pas simple de s'y retrouver aujourd'hui dans la notion de cru bourgeois qui a connu bien des rebondissements. Commençons par le commencement et remontons en 1855. Le classement des vins de Bordeaux demandé par Napoléon III à la chambre de commerce de Bordeaux va retenir 61 rouges et 27 blancs liquoreux. A l'exception du château Haut-Brion, tous les rouges provenaient du Médoc. Adhérents à la chambre de commerce de Libourne, aucun cru de la rive droite, Saint-Emilion, Pomerol ou autre, n'y figure. Ce classement en cinq catégories de domaines et non des terroirs n'évoluera ensuite que très peu au gré des regroupements de châteaux et d'une unique promotion. Aucun domaine n'y rentrera par la suite. Le Médoc comptait pourtant beaucoup plus de 60 domaines. Faute de pouvoir déclencher un nouveau classement des crus du Médoc, des producteurs et négociants ont proposé en 1932 une distinction nouvelle appelée à devenir la mention cru bourgeois qui pouvait être apposée sur les bouteilles des 444 propriétés retenues. En 1966 et 1978, deux palmarès syndicaux sont venus couronner la dénomination, pour aboutir à un classement officiel reconnu par l'état français. Ce classement a été réactualisé en 2003, et est devenu Le Classement Officiel des Crus Bourgeois. Sélectif, il ne retenait que 247 crus sur 490 candidats et était révisable tous les dix ans. Il reprenait une hiérachie interne au classement des crus bourgeois, distinguant 9 crus bourgeois exceptionnels et 87 crus bourgeois supérieurs à côté des 151 crus bourgeois. Plusieurs propriétés exclues l'ont attaqué en justice et sont parvenues à le faire annuler. Ainsi va la vie des décisions collectives ambitieuses dans la France viticole: quelques années plus tard, le classement de Saint-Emilion également sélectif et révisable connaîtra le même sort. Pour sortir de l'impasse juridique, l'Alliance des crus bourgeois du Médoc a entrepris de faire homologuer un nouveau régime, portant non plus sur un système de clasification mais sur un principe de labelisation, selon un rythme annuel. Ce nouveau régime a été introduit par un décret de 2009. Cette sélection officielle est une démarche controlée par un organisme indépendant et ouverte aux huit AOP du Médoc: Médoc, Haut-Médoc, Listrac-Médoc, Moulis, Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. La sélection vérifie à la fois le respect de critères administratifs et un niveau de qualité minimal validé par la dégustation organisée par un organisme externe à l'Alliance. Une seule mention demeure, celle de crus bourgeois. Les crus les plus prestigieux qui bénéficiaient auparavant de la distinction de crus bourgeois exceptionnel, et nombre de crus bourgeois supérieurs ne concourent plus désormais, ce qui ternit la force de la mentoin cru bourgeois. Alors que 490 propriétés étaient candidates en 2003, pour 247 attributions de la mention, le nombre de candidats n'était plus que de 290 pour le millésime 2008. Avec une sélectivité limitée, 243 propriétés ont obtenu le label sur le millésime de notre dossier, 2010. Nous vous les présenterons ci-dessous mais en nombre plus réduit. Seuls 30% environ des bourgeois sélectionnés ont passés l'épreuve de nos dégustations. Pour être complet, nous vous présentons également tous les crus bourgeois exceptionnels sur ce millésime, les meilleurs anciens crus bourgeois supérieurs qui n'ont pas souhaité rallier le nouveau régime ainsi qu'une sélection qualitative des crus hors concours. Cette dernière catégorie regroupe des châteaux qui n'ont jamais voulu présenter leur vin à une classification de bourgeois car ils estiment être au niveau des meilleurs crus classés, des nouveaux crus créés récemment par regroupement de terroirs prestigieux et des stars montantes en rupture de ban. Leur seul point commun est d'avoir obtenu à nos dégustations une note qu'envieraient certains crus classés."
Terre de vins n°28 mars-avril 2014: article p.57



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